Pfff - L'histoire...


1899:
Aimable Godace (1877-1918), homme bougon issu de la classe ouvrière, emménage avec sa femme et son fils dans la maison qu’il vient de bâtir. Ils vivent un début de siècle plutôt heureux, malgré un malaise familial certain. En effet, Aimable délaisse sa femme, Clairmonde (1881-1918), et préfère la compagnie de son fils, Philippon (1897-1918), malgré les reproches qu’il peut souvent lui faire... Philippon, lui, fuit l’emprise de son père et recherche l’affection de sa mère. Clairmonde, elle, rabroue son fils, quand elle ne l’ignore pas, et espère chaque jour que son mari daigne lui adresser le moindre geste d’attention.
1914:
Aimable et Philippon échappent à la mobilisation générale d’août 1914. Le premier, n’ayant pas fait son service militaire, jugé inapte en raison de sa petite taille et de son insuffisance respiratoire, et le second, trop jeune puisqu’il n’a que 17 ans à ce moment là!
1918:
La fin de l’année est marquée par l’armistice et la fin des combats de la première guerre mondiale, ce qui n’est pas pour déplaire à Aimable, antipatriote et antimilitariste acharné. Mais sa joie est de courte durée, car la grippe espagnole, qui sévit dans le monde entier, surtout pendant l’hiver 1918-1919, l’emporte lui et sa famille. Les Godace meurent chez eux pendant le mois de janvier 1919. D’abord Philippon, puis le jour suivant, ses parents. Quelques minutes après son trépas, Philippon se “réveille” dans la cave, la mine blafarde, le corps léger, avec une sensation étrange mêlée de bien être et de vide. Il passe la journée seul, à ne pas comprendre pourquoi il est invisible aux yeux de ses parents. Ces derniers décèdent le lendemain et se “réveillent” également à la cave. Ils constatent avec leur fils qu’ils leur est impossible de sortir de la maison et qu’ils peuvent désormais se passer de repas et de sommeil... Ce sont maintenant des fantômes, contraints de passer l’éternité à errer d’une pièce à l’autre. La maison, inhabitée pour les vivants, revient alors au frère d’Aimable qui en hérite et qui la met en vente dans la foulée. Elle restera sans acheteurs pendant un peu plus de 20 ans...
1940:
En mai, Hitler envahit la France, en commençant par l’est, puis le nord, provoquant l’exode de millions de personnes. C’est le cas d’une femme rentière, Fanchon, trentenaire dynamique, gouailleuse et aguicheuse, qui fuit Paris et décide de venir s’installer dans le centre de la France. Elle achète la maison des Godace en fin d’année et essaye les premières semaines après l’emménagement de redonner vie à une maison fort poussiéreuse, sous les yeux cernés des anciens propriétaires, habitués depuis tant d’année au calme et à la pénombre… Que quelqu’un mette fin à sa tranquillité en venant acheter sa maison et une chose inacceptable pour Aimable. Mais quand cet « envahisseur » est une femme peu discrète qui, se donnant à beaucoup d’hommes, ferait passer les lieux pour une maison de joie, la situation  devient pour lui intenable! Il est ulcéré de subir sans pouvoir agir et nourrit une haine si grande à l’encontre de Fanchon que Clairmonde, blessée de voir son mari si mal en point, décide de prendre la seule mesure appropriée face à une telle urgence: l’assassinat!
1941:
Un jour de février, Fanchon tombe dans l’escalier, sans bien sur avoir pu voir qui l’y avait poussé… Elle se brise la nuque pendant la chute et s’écrase sur le sol. Elle se « réveille » dans la cave quelques minutes après et éprouve des sensations similaires à celles qu’ont connues les Godace. Non mécontente de son acte, Clairmonde s’empresse de donner ce qu’elle pense être une bonne nouvelle à son mari. Sa joie est brève, puisqu’elle se rend compte que son geste ne fait qu’empirer la situation, et pour cause: Fanchon, devenue fantôme à son tour, se retrouve éternellement bloquée avec les Godace…Aimable est au fond du trou et les rapports du couple, qui n’ont jamais été vraiment bons, finissent de se détériorer. La cohabitation entre les Godace et Fanchon va être compliquée, surtout à partir du moment ou l’ex-parisienne surprend une conversation houleuse entre Aimable et Clairmonde, qui lui fait découvrir la vérité sur sa mort.
Une cousine de Fanchon hérite de la maison et la met en location dans le courant de l’année. Elle ne trouvera preneur qu’en 1964…

1964:
Childéric, jeune écrivain fauché cherchant un logement à faible loyer, emménage avec un peu d’appréhension dans ce qui, dans la région, se fait désormais appeler « la maison de l’horreur »! Mais le naturel optimiste et plein de joie de vivre du nouveau locataire prend rapidement le dessus et lui permet peu à peu de se remettre à écrire. Les premiers jours d’adaptation laissent vite place à des semaines de travail efficaces et productives. Fanchon suit Childéric toute la journée, fâchée de lui être invisible, mais heureuse d’être enfin distraite par autre chose que les Godace et leur nombreuses disputes. Il lui arrive même de lui parler, et ce pendant des heures, malgré la frustration de ne pas être entendue. La joie relative de cette nouvelle « vie » va cependant vite disparaître car Fanchon se trouve chagrinée par un choix naissant et terrible: se contenter de cette situation ou résoudre le problème en faisant de Childéric son égal et en lui ôtant la vie! Songeant de plus en plus à la triste solution qui pourrait améliorer son quotidien, elle passe à l’acte au début de l’automne 64 en l’étouffant dans son sommeil, sans se rendre compte que Philippon assiste à la scène. Childéric se « réveille » au sous-sol devant une Fanchon impatiente et tout sourire. S’en suit une série de journées remplies de discussions interminables, ou Fanchon, après avoir fait preuve d’un grand soutien au nouveau fantôme déprimé, lui explique tout ce qu’il y a à savoir sur les Godace et la maison, sans bien-sûr lui dévoiler son terrible geste et, répondant à Childéric qui la questionne au sujet de sa mort, laisse planer le doute sur un éventuel meurtre commis par Clairmonde, suspecte idéale puisqu’elle a déjà pratiqué…
Fanchon et Childéric vont créer des liens d’amitié et de confidence très forts durant les mois qui suivent.
A la mort de Childéric, la cousine de Fanchon, toujours propriétaire, décide de vendre la maison…

1971:
6 ans plus tard, un homme très amoureux prénommé Eudes tombe sur l’annonce encore existante et, malgré une peur maladive d’à peu prés tout et n’importe quoi, saute sur l’occasion de faire une énième fois plaisir à sa femme. En effet, donner la possibilité à Brunehaut, sa bien-aimée, d’habiter dans une maison ou 5 personnes ont rendu l’âme ne peut que combler de joie une femme dont la grande passion est de communiquer avec les morts. En 1971, donc, le couple emménage dans « la maison de l’horreur ». Brunehaut est aux anges, impatiente de faire connaissance avec les 5 fantômes. Ce qui ne tarde pas à arriver puisqu’elle s’empresse, dés les premiers soirs, de tenter de rentrer en communication! Fanchon, Childéric et Philippon répondent vite à « l’invitation », ravis de voir une nouvelle tête, surtout quand celle-ci peut les voir aussi! Aimable et Clairmonde, eux, n’ont pas l’intention de faire connaissance avec qui que ce soit, à fortiori avec de nouveaux « envahisseurs »! A défaut d’avoir pu rester maîtres de leur maison, ils mettent un point d’honneur à essayer de le redevenir au moins en partie, même si cette partie ne se trouve être que le grenier! Depuis des années, ils y restent cloîtrés et chassent tous ceux qui osent s’y aventurer…
1972:  
Brunehaut est comblée de pouvoir exercer sa passion à domicile, mais Eudes est au plus bas… Malgré l’effort qu’il fournit à cacher son mal-être à sa femme afin de ne pas lui gâcher le plaisir, il sombre vite dans la terreur la plus totale. Son altruisme et sa générosité vont avoir raison de lui lors d’une séance durant laquelle Brunehaut va à tour de rôle prendre la voix des fantômes avec qui elle converse! C’est le coup de grâce… Eudes meurt de peur!
Brunehaut, le coup encaissé et après avoir appris que pour les autres fantômes, le fait d’être mort n’a pas  changé leur caractère, leur attitude, ou leur comportement, prend la décision de rejoindre Eudes, se disant que si vivante, elle peut parler avec les morts, elle pourra très certainement parler avec les vivants une fois morte! Et quand bien même, il lui est impossible d’abandonner son mari… Moins d’une heure après la mort d’Eudes et aidée par une très forte volonté, elle retient sa respiration jusqu’à ce que mort s’en suive! Elle se « réveille » elle aussi à la cave, accueillie par un Eudes ému aux larmes!
Sergine, la fille qu’ Eudes a eu d’une plus jeune union, hérite de la maison mais n’a que 17 ans a la mort de son père. Elle refuse d’y habiter et la met en vente. Sergine n’a jamais connu sa mère et a passé très peu de temps avec son père. A 23 ans, elle accouche de Gus, fruit d’une liaison avec un homme peu fréquentable. L’instabilité mentale de Sergine aura pour conséquence la perte de la garde de son fils, mais cette séparation l’arrange plus qu’autre chose puisque Gus n’a jamais été désiré!

1989:  
N’ayant jamais réussi à trouvé d’acheteurs et peinant à gagner correctement sa vie, Sergine décide de vivre dans sa maison! Bien que ce soit une personne solitaire, dépressive et suicidaire, elle accepte d’héberger Jean-Franck, son ancien colocataire, un homme peu instruit, intéressé et profiteur, mais sympathique et attachant. Il a depuis longtemps le béguin pour Sergine mais toutes ses avances, indélicates et masquées maladroitement par un humour gras et lourd, ont toujours été repoussées…
La vie dans la maison de l’horreur se déroule comme dans leur ancien appartement: Sergine manque cruellement de motivation et enchaîne les petits boulots. Elle a du mal à joindre  les deux bouts financièrement et n’est pas aidée par Jean-Franck, qui n’est pas très attiré par le travail et dont la seule véritable raison de vivre est le jeu! Il ne conçoit pas de passer une seule journée sans jouer…

1991:  
Un jour de grande inspiration, Jean-Franck propose à Sergine un jeu qui ne peut que lui plaire et que lui, n’a jamais testé: la roulette russe… Il rentre donc un jour avec un revolver et propose le "jeu" à Sergine, déroutée mais émue devant tant "d'attention"... Au premier coup, Sergine s'effondre ! Jean-Franck, lui, réchappe à son premier appui de gachette, et décide non seulement de réitérer, mais surtout de corser le jeu en rajoutant une balle!!!! Il rejoint Sergine dans la mort et tous deux se réveillent à la cave quelques minutes après leur exploit devant Fanchon, Childéric, Philippon, Eudes et Brunehaut, époustoufflés par la scène qu’ils viennent de vivre et par tant de bêtise…
Gus, le fils de Sergine, hérite de la maison mais n’a que 10 ans et vit avec son père. La demeure est alors en location mais personne n’en veut…

1999:
A 18 ans, Gus emménage avec sa femme enceinte dans sa propriété. Quelques semaines plus tard, il devient papa d’un petit Baz, mais la mère ne se fait pas au lieu et à son terrible passé. Elle trouve l’endroit peu approprié pour élever un enfant. De plus, le couple bat de l’aile… Après plusieurs mois de souffrance et une ultime dispute avec un Gus de plus en plus insupportable, elle demande le divorce et le quitte! Ce dernier n’obtient pas la garde du petit et se retrouve seul avec son sale caractère…Il passera désormais des années à ruminer. Ni la tristesse, ni les remords l’emportent sur sa fierté. Le groupe de fantômes regarde défiler cette vie de « vieux garçon » en espérant qu’il s’abstienne de mourir ici, pour ne pas avoir à le supporter, estimant qu’il serait trop désagréable pour faire partie des leurs! Seul Aimable, une fois n’est pas coutume, semble n’avoir rien à redire à une éventuelle cohabitation avec Gus, trouvant certainement en lui quelqu’un de semblable…
Cette cohabitation aura bien lieu…mais en 2016!

2016:
Un soir de printemps, Gus joue au solitaire en sifflotant. Soudain l'ampoule de sa lampe de bureau grille. Pensant à un faux contact, il s'empresse de la revisser!   Le problème, c’est qu’il aurait dû attendre la fin de son bain de pied! L’électrocution est inévitable…
Il se réveille dans la cave, devant un groupe de fantômes peu satisfait de leur nouvelle recrue!
La maison revient à Baz, 19 ans, seul et unique héritier qui l’habitera en 2018 (ou plutôt qui la squattera de temps en temps....)